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Parce que les acteurs du développement durable ont besoin de s’appuyer sur un langage commun, voici les bases du développement durable : origine, objectifs et applications.

Patrick Matagne
L’Actualité Poitou-Charentes n° 63 janvier 2004

En 1962, dans son best-seller Silent spring, Rachel Carlson attire l’attention de l’opinion publique sur la menace de pesticides comme le DDT. En 1968, Paul Ehrlich dans The Population Bomb annonce que la famine va prendre des proportions désastreuses entraînant la mort de milliers de personnes, à cause de la démographie galopante de certains pays du Sud En même temps, le Vietnam est perçu, avant même la fin de la guerre, comme le premier écocide. Les catastrophes de l’Amoco-Cadiz en 1978, Bhopal en 1984, de l’Exxon Valdez en 1989, Tchernobyl en 1986 choquent profondément l’opinion. En 1985, le trou dans la couche d’ozone est officiellement attesté. Et ainsi de suite…

Une prise de conscience

Le développement durable prend sa source dans cette période, comprise entre 1960 et 1990, «riche» en catastrophes naturelles et en découvertes inquiétantes qui provoquent la prise de conscience par l’opinion publique de l’impact néfaste des activités humaines sur l’environnement.
En toile de fond, le monde occidental ne tient pas toutes ses promesses de croissance économique, de plein emploi, de garanties de santé et de sécurité et vit une crise économique durable. Le «toujours plus» est combattu au profit de la recherche d’un mieux être et l’opposition apparaît alors entre les notions de croissance (quantité) et de développement (qualité). En découle en 1972, deux ans après le rapport Meadows prévoyant l’effondrement de l’économie pour 2040, la première conférence des Nations Unies sur le développement. Vingt ans plus tard, en 1992, le Sommet de la Terre à Rio place les débats à la croisée des problématiques économiques et environnementales. Une commission mondiale du développement durable est alors créée, thème central du Sommet de Johannesburg en 2002.
Parallèlement, de nouveaux termes comme écologie, environnement, patrimoine, biodiversité et bien sûr développement durable se sont popularisés, au risque de se dévoyer.

Réduire notre empreinte écologique

Les objectifs du développement durable peuvent être traduits par l’empreinte écologique. Reposant sur le constat suivant : les ressources naturelles sont limitées, nos besoins sont extensibles, cet indice calcule la surface nécessaire à produire les ressources utilisées et à absorber les déchets produits pour une société donnée. Selon ce calcul, chaque individu disposerait de 2 hectares. Or, depuis 1970, l’humanité a besoin de plus qu’une Terre pour continuer à croître de la sorte. Si tous les Terriens vivaient comme les Américains ou les Européens, il nous faudrait respectivement 6 ou 3 planètes. Seuls l’Afrique, l’Asie et une partie de l’Amérique latine restent en dessous restent en dessous de la surface biologique disponible par habitant. Outre la réduction de l’empreinte écologique, le développement durable vise aussi conjointement à rendre le futur socialement équitable et économiquement viable. Entreprendre une démarche de développement durable implique nécessairement la prise en compte et l’imbrication de ces trois piliers : économie, environnement et social. Dans une vision à long terme.

Comment ?

Plusieurs pistes vont dans ce sens. Je n’en citerai que quelques unes : renforcer les contre-pouvoirs citoyens et les réseaux d’expertise indépendants comme les ONG ; renforcer les autorités locales et leur proximité avec les enjeux sociaux, économiques et environnementaux ; intégrer l’environnement dans les politiques publiques pour ce qui concerne l’énergie, les transports ou l’urbanisme ; augmenter les investissements socialement responsables dans les entreprises et créer des fonds éthiques ; développer l’engagement des consommateurs ; développer l’éducation à l’environnement. En effet, sur ce dernier point les éducateurs répondent à «Quelle Terre allons nous laisser à nos enfants ?» par «Quels enfants allons-nous laisser à la Terre ?»

Patrick Matagne à l'Espace Mendès France en 2003 - Photo Claude Pauquet

Patrick Matagne à l’Espace Mendès France en 2003 – Photo Claude Pauquet

Extrait du dossier de L’Actualité Poitou-Charentes réalisé par Anh-Gaëlle Truong à l’occasion du séminaire sur les enjeux du développement durable organisé par l’Espace Mendès France et l’Institut des risques industriels, assurantiels et financiers (Iriaf, université de Poitiers) en 2003 et 2004.

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Publié par Jean-Luc Terradillos

Journaliste, rédacteur en chef de la revue L'Actualité Poitou-Charentes.

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