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Des assemblées générales à n’en plus finir, des réunions passionnées… Pendant deux ans, la documentariste Françoise Davisse a filmé la lutte menée par 400 salariés de PSA Aulnay, mobilisés pour tenter de sauver leur usine, menacée de fermeture. Son film, Comme des lions, a été projeté en ouverture du festival Filmer le travail.

Par Clément Barraud

En juillet 2011, les syndicats prennent connaissance d’un plan de fermeture de l’usine PSA d’Aulnay, en région parisienne, prévu par la direction du groupe. Au total, 3 000 personnes sont menacées de licenciement. S’engage alors une lutte collective de deux ans, entre piquets de grève, occupation de l’usine et actions coups de poing. Plus que le conflit social en lui-même, Comme des lions relate l’aventure collective vécue par les grévistes. En privilégiant des scènes filmées de très près, comme les intenses assemblées générales, la documentariste plonge le spectateur au cœur du conflit social.
Elle commence à filmer la lutte des ouvriers en novembre 2011, en pleine campagne présidentielle, avant de suivre au jour le jour l’occupation de l’usine pendant quatre mois, de janvier à avril 2013. Ces moments forts captés sur le lieu de travail donnent au film un côté haletant, comme si le spectateur y était. «Il est très difficile de filmer l’intérieur d’une usine en temps normal, sans accord de la direction, explique-t-elle. Mais pendant la grève, j’ai pu suivre les salariés et rentrer avec ma caméra. Je voulais voir la manière dont s’organisait le mouvement.»

Des salariés experts

Parmi les ouvriers en lutte, de nombreux immigrés ou enfants d’immigrés, quelques femmes, et des syndicalistes familiers de ce type de luttes. Le film revient sur les grands moments du conflit : manifestations, occupations du siège du Medef ou de l’UIMM (Fédération de la métallurgie)… Mais il montre aussi la construction d’une pensée collective et d’un modèle de démocratie directe, dont les assemblées générales sont un exemple frappant. «On avait une règle à respecter : quand l’un parle, tout le monde l’écoute. N’importe qui prenait la parole, pas seulement les représentants syndicaux. Cela a pu éviter que la colère explose et se transforme en violence, ce qui aurait pu arriver», résume Jean-Pierre Mercier, porte-parole de la CGT et un des leaders de la contestation. De fait, chaque décision sur la conduite du mouvement est ainsi discutée puis votée : points à négocier, actions spectaculaires, gestion de la caisse de grève, relation avec les autres salariés…

Jean-Pierre Mercier dans la mêlée (au premier plan) devant le Medef après l'occupation des lieux.

Jean-Pierre Mercier dans la mêlée (au premier plan) devant le Medef après l’occupation des lieux.

D’analyses en décryptages du plan prévu par la direction, les salariés vont se découvrir des talents d’experts. Alors que le syndicalisme français est en déclin, le documentaire met en lumière la capacité d’organisation des syndicats et ouvriers de PSA pour faire durer le mouvement sur le long terme. «On a commencé la grève en pensant tenir trois ou quatre jours maximum, mais on n’avait jamais imaginé pouvoir occuper le site pendant quatre mois. En plus de s’être battus pour quelque chose de concret, on a vécu quelque chose de très fort. J’ai passé les quatre meilleurs mois de ma vie !», assure Jean-Pierre Mercier.
À l’issue de la mobilisation, les grévistes toucheront une prime de 19 700 euros et obtiendront qu’elle soit étendue à 550 salariés supplémentaires qui en avaient fait la demande. Même si elle n’a finalement pas empêché la fermeture de l’usine, la mobilisation des ouvriers de PSA fait figure d’exemple. Le documentaire Comme des lions, qui la raconte le plus fidèlement possible, constitue un outil pour les luttes à venir.

 

Comme des lions, de Françoise Davisse, 1h55, en salle le 23 mars 2016.

Haut de page, occupation de l’usine PSA Aulnay.

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Publié par Clément Barraud

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