Download PDF

Quels sont les fondements du salariat, comment a-t-il évolué au cours du XXe siècle ? En partenariat avec Filmer le travail, le sociologue Christian Papinot a présenté des documentaires pour comprendre les mécanismes de ce statut.

Par Clément Barraud

«Le salariat occupe une place centrale dans notre société aujourd’hui, mais on ne sait pas toujours comment il s’est construit au cours de ce siècle. C’est intéressant de faire un retour en arrière pour comprendre son cheminement.» Christian Papinot, maître de conférences en sociologie à l’université de Poitiers, a inauguré cette année un partenariat entre le festival Filmer le travail et l’Université Inter-Âges pour un cycle de conférences-projections.
De novembre 2015 à janvier 2016, il a présenté trois films sur la thématique du salariat, devant environ 200 personnes à chaque fois. L’objectif de ces séances est de mettre en lumière la question salariale qui traverse la société française actuelle. «Depuis plusieurs années, Filmer le travail mène une politique de vulgarisation, pour ouvrir le plus possible le débat sur ces sujets de société, rappelle Christian Papinot, qui anime justement un cours sur l’histoire du salariat auprès de ses étudiants. Cette année, nous avons décidé de faire un test avec des documentaires didactiques et pédagogiques pour apporter des éléments de compréhension sur le salariat et le chômage.»

 

Comment sont nés le droit du travail, la Sécurité sociale, la retraite et les congés payés

Deux films ont d’abord évoqué tour à tour le salariat avec Il était une fois le salariat, de Anne Kunvari, et Le chômage a une histoire, de Gilles Balbastre. Le premier retrace un siècle d’histoire du salariat en France, de 1906 à 2006. Il montre comment sont nés le droit du travail, la Sécurité sociale, la retraite et les congés payés, à travers les luttes et les changements économiques et politiques. Des systèmes de protection sociale qui ont contribué à façonner le statut de salariat. Mais les trente dernières années ont vu, au contraire, s’accélérer la dégradation de ce statut avec la naissance du néo-libéralisme. Cette dérégulation du marché s’accompagne d’un chômage de masse difficile à endiguer, d’un recours à la flexibilité du travail et plus globalement de la généralisation de la précarité.

Il était une fois le salariat, film documentaire d’Anne Kunvari, 2 x 52 min, 2006.

Il était une fois le salariat, film documentaire d’Anne Kunvari, 2 x 52 min, 2006.

Le chômage, figure négative du salariat

Des phénomènes analysés dans le documentaire Le chômage a une histoire, qui revient sur les moments-clés du concept de chômage entre 1967 et 2001. Si cette notion telle qu’on la connaît aujourd’hui est née avec le salariat, c’est en raison de l’apparition d’instruments statistiques capables de le mesurer. «Mais le chômage a toujours existé, note Christian Papinot. La différence, c’est qu’aujourd’hui on peut le quantifier. Il a donc pris une place importante en tant que figure négative du salariat. La centralité du travail est telle dans notre société que ça se voit aussi quand il fait défaut.»
Ce cycle sur le salariat s’est achevé le 19 janvier avec Garçon Boucher, de Florian Geyer. Ce film, primé lors de l’édition 2015 de Filmer le travail, montre le parcours de Miguel, fils d’immigré portugais qui suit un apprentissage en boucherie. Alors qu’il ne « colle » pas à l’image entretenue par la profession, il découvre un univers strict et doit franchir de nombreux obstacles pour être intégré. Un film à la fois drôle et touchant, qui apporte un regard décalé dans la réflexion sur le monde du salariat.

 

Haut de page, vue extraite de Garçon Boucher, film documentaire de Florian Geyer, 49 min, 2013.

Festival international Filmer le travail, 7e édition, du 29 janvier au 7 février 2016, à Poitiers.
2016.filmerletravail.org

Download PDF

Publié par Clément Barraud

Rédiger une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *